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S’informer pour agir

Au cœur des jours et des nuits

S’informer pour agir

Vous qui m’écoutez maintenant sur Radio Elikya, la radio de l’archidiocèse de Kinshasa, vous ne vous trouvez sans doute pas à bord d’un taxi. Si c’est le cas, vous êtes bien une exception qui confirme la règle non-écrite nulle part qui veut que les chauffeurs de taxi tournent le bouton, zappent aussitôt qu’une station de radio commence à diffuser des paroles plutôt que de la musique. Et les clients l’aiment ainsi, expliquent les chauffeurs.
Il y a des années, dans les taxis, on écoutait des leaders politiques. Mais les discours des hommes et femmes politiques se sont discrédités. Et il y a peu encore, on écoutait beaucoup les paroles des pasteurs. Mais quelque inconvénient s’est produit, et la bonne parole des pasteurs a été démonétisée. La bonne parole a commencé à fatiguer, prétendent certains qui devraient plutôt honnêtement se reconnaître eux-mêmes fatigués d’avoir trop cru à des prophéties, c’est-à-dire à des promesses, qui ne se réalisaient pas. Et dans les taxis de Kinshasa, la musique a donc commencé à reprendre le dessus. Et la musique reste même quand les paroles s’envolent.


Dans les taxis, les chauffeurs renseignent aussi que les clients aiment surtout la musique dite religieuse comme si une loi non-écrite nulle part l’avait imposée. Il restera à savoir depuis quand et pourquoi cette musique-là s’est imposée. On aurait pu croire que le Kinois aimait tant Dieu qu’il écoute la musique pour se mettre en prière, pour se confier à ce Dieu qui le protège contre les dangers, les accidents de route, par exemple. Mais les chauffeurs de taxi renseignent aussi qu’il n’en est rien. Ils expliquent que la musique dite religieuse, les Kinois l’écoutent parce que c’est de la musique et de la musique à la mode, avec des chanteurs et des chanteuses à la mode, des voix qui plaisent avant toute référence à Dieu ou au diable.

Et la musique, on pourrait l’écouter sans jamais se fatiguer. Et la musique détend. Mais la musique distraie aussi. Et justement, beaucoup préfèrent se distraire. Et c’est parce qu’on veut à tout prix se distraire que l’on refuse d’écouter des paroles dans les taxis. Et se distraire, c’est surtout refuser d’écouter les programmes d’information.

Voilà donc pourquoi ceux qui m’écoutent maintenant ne se trouvent pas à bord d’un taxi, sauf rare exception. La radio catholique Elikya est beaucoup écoutée à Kinshasa, c’est vrai. Mais dans les taxis, notre radio est aussi écoutée surtout pour la musique, pour le chant religieux.

Et si donc l’on préfère écouter la musique plutôt que les nouvelles, à quel moment est-on informé pour savoir comment va le pays et comment va le monde ? Pour savoir ce qu’un tel a dit et non ce qu’on dit qu’il aurait dit.

On sait depuis longtemps qu’après les années quatre-vingt-dix, les années d’effervescence de la démocratisation, les Kinois sont rares qui lisent un journal. Beaucoup pratiquent ce qui s’appelle à Abidjan en Côte d’Ivoire la « titrologie ». C’est la pratique kinoise de ceux qu’on appelle les « parlement-debout ». Ils lisent les titres des journaux, ils discutent et ils en disent ce que suggèrent leurs rêves, leurs phantasmes, leur imagination. Les faits peuvent ne pas y correspondre.
Et la télévision est surtout une boîte de divertissement, de musique, de sport, de jeu, de théâtre. La télévision est très bonne pour l’imagination, le sentiment, le plaisir. Les journaux télévisés sont aussi des moments de jeu, de théâtre, de divertissement.

Et n’est-ce pas qu’il est dangereux si des citoyens imaginent leur pays plutôt que de le connaître ? La question ne surprend personne. En 1963, le saint pape Paul VI, signait un document préparé les évêques réunis au Concile Vatican II. Le document s’intitule en latin Inter mirifica. Il porte sur les moyens de communication sociale, autrement dit les médias. Au numéro 5 du décret conciliaire, le pape écrit : « La diffusion publique et en temps voulu de faits et d’événements permet à chaque homme d’en avoir une connaissance exhaustive et permanente. Par là même, chacun pour sa part peut concourir efficacement au bien commun et tous ensemble peuvent contribuer plus aisément à la prospérité et au progrès de toute la société. »



Jean-Baptiste MALENGE Kalunzu

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