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Projet de coiffure

Au cœur des jours et des nuits

Projet de coiffure

Le patron du salon de coiffure l’a écrit de sa main, d’une belle écriture, et il l’a affiché aux murs, en plusieurs copies, à différents endroits pour que les coiffeurs et les clients s’en aperçoivent sans peine. Le patron a écrit : « Le client a le droit de réclamer si la coiffure ne lui plaît pas encore. » 
 
Mon ami mécontent du résultat que le miroir lui renvoyait a tenté d’exploiter cette affiche pour réclamer ses droits. Le coiffeur était bien mal à l’aise, bien sûr, mais il répondit en toute bonne foi que personne ne couperait jamais les cheveux de sorte à rendre mon ami aussi beau que le jeune chanteur américain représenté sur un large poster, une large photo de publicité. Mon ami présente un début de calvitie ! 

 
Je suis intervenu, et j’ai convaincu mon ami. Il pouvait se contenter de la beauté qu’il avait obtenue. Jamais un coiffeur ne le rendra plus beau que nature. J’ai rappelé la sagesse de ma tribu. Un proverbe dit : « La beauté précède la coiffure. » Autrement dit : Aucun artiste, aucun artisan ne dépassera la beauté naturelle. Autrement dit aussi : Aucun coiffeur ne cachera votre calvitie !

Entre l’affiche publicitaire du beau chanteur américain et le résultat de la coiffure de mon ami, la différence est la même que celle qui sépare une maquette d’architecte et l’ouvrage réalisé. Les photos sont toujours plus belles, reconnaissent beaucoup de Kinois qui ont beaucoup attendu de plusieurs maquettes d’infrastructures publiques. Par honnêteté morale et intellectuelle, il faut admirer les œuvres réalisées, il faut le dire. Mais sans oublier que personne ne reproduira jamais, personne ne réalisera jamais le rêve projeté par le dessin de l’architecte. Et dans l’ère de l’informatique et du numérique et de toutes les applications d’images et de dessins, les merveilles se sont multipliées sous nos regards. Mais malheur à qui prend ses rêves pour la réalité.

Mon ami s’est laissé convaincre parce que, m’a-t-il révélé, il a pensé à toutes les jolies demoiselles dont il rêvait dans son adolescence. Il avait parlé avec certaines au téléphone, il était séduit par leur douce voix. Il avait demandé et reçu de belles photos. Mais lorsque, le hasard de la vie l’a mis face à face avec la fille de ses rêves, il s’est aussitôt rendu compte qu’elle était vraiment belle, mais moins belle que la promesse de la photo. 
 
La vie nous apprendra toujours la distance entre le rêve et la réalité, entre l’image, le dessin et la chose. Et voilà pourquoi le client du salon de coiffure a le droit de réclamer si la coiffure ne lui plaît pas encore. Mais le patron du salon de coiffure pourrait ne jamais en finir avec les palabres venant de clients qui prennent leur rêve pour la réalité.

Mon ami a compris aussi que les affiches publicitaires dans les salons de coiffure sont comme les projets de société des partis politiques. Toutes les années de propagande électorale nous l’auront appris. Les candidats du pouvoir et de l’opposition rivalisent de propositions et de promesses. En toute bonne foi. Souvent. Mais il y aura toujours de la distance entre les projets et les réalisations. Un projet de société pour la campagne électorale est comme un projet de coiffure.

Jean-Baptiste MALENGE Kalunzu
jbmalenge@gmail.com

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