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Des ogres en politique

Au cœur des jours et des nuits

Des ogres en politique

Un ami dit avoir rencontré de vrais ogres. Dans notre petite enfance, et chaque soir, au village, nous avons entendu tant parler des ogres. Au village, il n’y avait pas de télévision, ni de radio, ni d’électricité. Nous avions les contes et légendes qui nous préparaient au sommeil de la nuit.
Et les ogres revenaient chaque soir. Ce sont des personnages à multiples têtes. Ils avaient la capacité de rechercher des enfants et de les jeter tout vivants dans une des marmites qui bouillaient toujours sur les quatre ou cinq têtes. Et les petits enfants n’avaient qu’à bien se tenir, à obéir, à tout accepter des adultes et des parents.

Un ogre, il convient de ne jamais le rencontrer dans sa vie d’adulte. Parce qu’il quitte alors le monde imaginaire des contes et légendes. Il prend chair et os. Et voilà que c’est un ami d’enfance qui dit avoir rencontré vraiment des ogres. Il l’a même écrit dans un livre. Mon ami rentrait d’Europe après une thèse de doctorat en bonne et due forme. Il ne peut pas croire la première légende venue. Mon ami est professeur d’université, si vous voulez tout savoir.


Mon ami écrit, donc, dans son livre, avoir rencontré de vrais ogres lorsqu’il est entré en politique. Il aurait préféré appeler autrement ce qui s’appelle politique, mais ce n’est pas à lui à donner le sens aux mots, aux êtres et aux choses. Mon ami est donc entré dans ce qui s’appelle politique, et il dit avoir rencontré de vrais ogres, semblables à ceux qui lui donnaient la chair de poule dans sa petite enfance.
Les ogres, mon ami écrit en avoir rencontrés à chaque fois que le bruit courait sur lui pour une nomination ou une promotion. Et mon ami a reconnu en visages humains les vices énumérés lors du catéchisme avant sa première communion. C’est dire que mon ami est touché dans sa foi. Y a-t-il place pour des chrétiens dans la pratique politique ? Mon ami n’ira pas chez un féticheur ni chez un prétendu homme de Dieu qui éloigne les sorciers et procède à des délivrances.

La question lancinante de mon ami, le Togolais Edem Kodjo l’avait posée aussi. Catholique pratiquant, professeur de patrologie, l’ancien Premier ministre togolais et ancien secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine, avait été invité à Rome en 2009 lors de la deuxième Assemblée spéciale du Synode des évêques pour l’Afrique. De son expérience, Edem Kodjo recommanda aux évêques de nommer des aumôniers pour accompagner spirituellement les hommes et les femmes politiques, pour prier avec eux, leur apprendre la prière et les former dans l’enseignement social de l’Eglise. Selon Edem Kodjo  : « Le cœur de l'homme étant obscur par nature et la politique étant la fange par excellence », les hommes et femmes politiques sont plus exposés que d'autres à la trahison de leur foi. Et le Togolais demandait aux évêques et au pape Benoît XVI de ne pas se contenter de dénoncer, de vilipender. Il faut changer leurs cœurs, recommandait-il.

Mon ami a compris pourquoi, récemment, le pape François a demandé aux évêques d’Afrique d’être « libres de toute préoccupation mondaine et politique ». Depuis longtemps, on sait que l’Eglise interdit  aux évêques, aux prêtres et aux consacrés de briguer ou d’exercer un mandat politique. Lorsque, dans un pays, le clergé n’éclaire pas la classe politique mais se fait la caisse de résonance des opinions politiques, des gouvernants ou des opposants, il n’est pas impossible que la politique, dans un tel pays, enfonce davantage dans la fange, dans la boue et que des ogres aux multiples têtes effrayent, terrorisent les petits enfants, bien sûr, et les adultes engagés en politique.


Jean-Baptiste MALENGE Kalunzu

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