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On risque sa vie


Au cœur des jours et des nuits

On risque sa vie

A chaque fois que je monte dans un avion, je risque ma vie. C’est bien entendu. Mais pourquoi récidiver ? Pourquoi, après les émotions au décollage et à l’atterrissage, reprendre un autre jour le même chemin de l’aéroport et monter dans un avion ?
Vous n’imaginez pas le même trac que l’on peut vivre à chaque fois que l’on boucle la ceinture de sécurité, à la moindre demande et au moindre conseil de l’équipage de bord. N’est-ce pas que monter dans un avion ressemble alors à chaque fois à se plonger la tête sous l’eau et à la maintenir ainsi en pensant se relever comme dans un rêve inachevé ? Les issues de secours dans un avion, on nous les montre bien, mais qui croit jamais y passer et pour aboutir où ?

Imaginez que l’on ferme les yeux sous l’eau en pensant les ouvrir dans son salon. Il y en a qui ferment les yeux au décollage de l’avion, mais le résultat ne change point lorsqu’on les rouvre. On est toujours dans l’air. D’autres s’imbibent d’alcool, se droguent, cherchant à tout prix un sommeil provisoire. Et pourquoi ne pas souhaiter alors de s’enfouir dans un cercueil juste le temps du voyage ?

Qu’est-ce qui change lorsqu’on regarde les yeux ouverts le risque contre lequel on ne pourra rien en toute éventualité ? J’en connais qui commencent à prier tous les dieux de toutes les religions. Et qui ferment les yeux. Dieu a-t-il jamais dit qu’il écoutait mieux les prières qu’on lui adresse les yeux fermés, loin de la réalité et lorsque la personne qui prie s’ignore et s’oublie ?

Je préférerais ouvrir les yeux et voir l’avion prendre l’air ou toucher le sol. Si la mort doit arriver, que je la croise droit dans mes yeux. Après tout, j’ai pris tout le risque et toute la mesure du risque depuis que le projet de voyage s’est arrêté sur l’avion, ce moyen de transport réputé le plus sûr du monde, d’après des statistiques établies sur le nombre des accidents et des morts. L’avion est le plus sûr moyen, mais je le crains plus que tout autre.

Je préfère donc ouvrir les yeux. Et voir les hôtesses et les stewards. J’ai les oreilles ouvertes aussi et les communiqués et annonces du commandant de bord et de tout l’équipage peuvent m’avertir, m’alerter et peut-être me sauver la vie un jour. Même ceux qui ont l’habitude de voyage doivent suivre les consignes de sécurité, ai-je entendu un jour. Et j’ai bien ouvert les yeux et les oreilles.

Si j’ai moins peur alors, c’est parce que je regarde les hôtesses et les stewards, et je me convainc que ces femmes et ces hommes tiennent sans doute autant que moi à la vie. Quelle raison ou quelle maladie grave auraient-ils pour choisir chaque jour de mourir ? Ils pensent bien aller et revenir lorsqu’ils montent dans l’avion, leur lieu de travail ordinaire. Et moi, pourquoi dois-je craindre comme si jamais personne d’autre tenant à la vie comme moi n’avait jamais pris l’avion avant moi ?

Et lorsque l’avion traverse une zone de turbulence, tout en m’agrippant au siège et en serrant parfois les dents, même si je ferme les yeux, je pense bien au pilote. A-t-il prévu les intempéries et autres turbulences de la route, oui ou non ?  Il m’est arrivé, en pareille circonstance, de penser à Jésus de Nazareth. Un jour, sur une mer agitée, il a calmé la tempête et rassuré ses disciples qui le croyaient dormir insouciant. Mais Jésus a dit aussi que celui qui perd sa vie pour lui la sauvera tandis que celui qui s’accroche à la vie la perdra. Depuis le baptême, j’ai donc pris ce risque de m’accrocher à Jésus dans un voyage imprévisible. Je n’ai que l’espoir, l’espérance et la confiance. Monter dans un avion me rappellera toujours le pari de l’acte de foi de la religion chrétienne.

« Mon Dieu, je crois fermement toutes les vérités que vous avez révélées et que vous enseignez par votre sainte Eglise, parce que vous ne pouvez ni vous tromper ni nous tromper ».


Jean-Baptiste MALENGE Kalunzu

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