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Du vin sans messe



Au cœur des jours et des nuits

Du vin sans messe

Ma nièce vendeuse de pain m’a dit avoir participé à une messe qui n’était pas du tout une messe, à son avis. Ma nièce dit se rappeler la catéchèse de son enfance et plus particulièrement l’enseignement du curé sur le vin qui devient le sang du Christ et le pain qui devient le corps du Christ. Ce n’est pas pour cela que ma nièce est devenue vendeuse de pain, mais elle avoue penser souvent, ces jours-ci, à sa première communion. Pour l’unique fois de sa vie, elle avait eu droit au vin devenu le sang du Christ. A chaque fois que le prêtre porte le calice à ses lèvres, ma nièce l’observe, et elle s’aperçoit toujours que le sang du Christ est vraiment de bon goût.
La toute dernière occasion d’y penser a été donnée à ma nièce par cette vieille dame venue du village et qui refusait systématiquement de manger toute autre viande dont elle ignorait l’origine ou qu’elle ne connaissait simplement pas. La vieille dame en était arrivée à ne manger que du poulet.

Or, voici qu’un jour, pour lui faire plaisir, ses petits-enfants l’ont emmenée dans un supermarché. Le magasin était vaste, la grand-mère s’en étonna. Il y faisait frais aussi, constata-t-elle. Elle constata aussi et surtout, et elle s’étonna à très haute voix de voir des poulets plumés, sans tête ni pattes entassés par dizaines sous une vitrine. Jamais de sa vie elle n’avait vu ni imaginé une si grande quantité de poulets en une seule fois. Ils ne peuvent pas être des poulets normaux, sains et propres à la consommation, soupçonna-t-elle. Et c’est ici que vous venez ramasser ces bêtes tuées par je ne sais quelle peste ! La grand-mère s’adressa ainsi à ses petits-enfants et elle promit de ne plus jamais manger de ces poulets-là.
Voilà pour la grand-mère et pour les poulets. Ma nièce vendeuse de pain dit avoir fait son expérience dans le supermarché aussi. Des bouteilles de vin y étaient arrangées par dizaines. Et il y en avait qui portaient l’étiquette « vin de messe ». Ma nièce a détourné aussitôt le regard et fait la moue. Elle s’est rappelé le curé du village. Il avait appris aux enfants de la catéchèse que le vin de messe ne se vendait pas n’importe où et par n’importe qui. Or, ma nièce connaît l’étranger propriétaire du supermarché. Il n’est pas chrétien du tout, et encore moins catholique. Comment peut-il vendre le vin qui doit devenir le sang du Christ ? Ce commerçant ne pouvait certainement vendre du vin que pour gagner de l’argent.
Ma nièce m’a dit s’imaginer que par ignorance ou par négligence, des catholiques peuvent acheter ce vin à cause de l’étiquette et penser que c’est du vin de messe. Mais ma nièce dit que les étiquettes mentent souvent.
A mon tour, j’ai révélé à ma nièce que les règles de l’Eglise catholique disent que le vin pour la messe doit être du vin naturel. Qu’il soit rouge ou blanc, peu importe. On n’y ajoutera pas de sucre ni aucun autre produit.
Et qui a vérifié la qualité des vins vendus dans le supermarché et ailleurs ? Je n’ai pas de réponse à la question de ma nièce. Le temps est loin où des prêtres et des évêques d’Afrique ont posé des questions pour savoir si on pouvait célébrer la messe avec des produits locaux, non importés et donc bon marché et facilement accessibles. Du vin de palme, par exemple. La réponse officielle de l’Eglise n’a pas changé. Elle est : non.
Voilà pourquoi ma nièce pense avoir participé à une messe qui n’était peut-être pas vraiment une messe, avec le sang du Christ.

Jean-Baptiste MALENGE Kalunzu
jbmalenge@gmail.com

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