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Exhortation pastorale de Pâques de Mgr Fulgence Muteba, évêque de Kilwa-Kasenga

Parmi nous, il y a beaucoup de catholiques qui sont écartelés entre la fidélité à la foi en Dieu et l’adhésion à l’éventail de croyances en vogue dans notre milieu. Ils sont terrifiés par d’éventuels assauts des sorciers ou des esprits impurs.




DEBOUT…TENEZ FORT LE BOUCLIER DE LA FOI (Cfr Ep. 6, 14,16)
Exhortation pastorale de Pâques 2012

Aux prêtres,
Religieux et religieuses,
Fidèles laïcs,
A toutes les personnes de bonne volonté.



Frères et sœurs,

1. « A vous grâce et paix de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ ! » ( Phi, 1,1 ). Parmi les dons précieux que Dieu, par notre Seigneur Jésus Christ, a faits à l’humanité figure en bonne place celui de la foi. C’est Dieu, en effet, qui appelle les hommes à entrer en communion avec lui. L’initiative de nous appeler à la foi lui revient en premier. « La réponse adéquate à cette invitation est la foi »[1]. Cette foi est libre, volontaire.

Je rends grâce à Dieu pour ce don  merveilleux, d’un si grand prix comme dit Saint Pierre (Cfr 2Pi 1,1), que nous avons reçu en partage. Ce don fait de nous un seul peuple, consacré à Dieu, uni par le sang de Jésus Christ ( Ac, 20, 28), peuple où « il n’est plus  question de Grec ou de Juif, de circoncision ou d’incirconcision, de Barbare, de Scythe, d’esclave, d’homme libre ; il n’y a que le Christ, qui est tout et en tout » (Col 3, 11).  Dans la foi, nous sommes Eglise Famille de Dieu.

2. La foi en Jésus Christ n’est pas un objet de musée, moins encore quelque chose de figé, d’inerte. Elle est agissante, dynamique. C’est une puissance, une arme dont tout chrétien est appelé à se servir pour le combat du salut, contre le péché, le doute, la tentation, l’ignorance et toutes formes d’attaques du Malin ou des forces obscures.

3. Au regard de nombreux défis de la foi observables dans notre diocèse et ailleurs, Pâques me donne l’occasion de vous encourager à cheminer avec le Christ et surtout de vous rassurer que notre foi chrétienne a une valeur inestimable et une puissance insoupçonnée ( Cfr Rm 4, 20). Plus précisément, elle est toute puissante (Cfr Mc 9, 23). Par elle, Dieu Tout-Puissant déploie en nous, les faibles, sa Toute Puissance ( Cfr 2 Co 12, 9-10). Mon souci pastoral majeur est que la foi dans notre diocèse rayonne, croisse et grandisse. Qu’elle soit confessée avec conviction et que le témoignage de vie qui en découle soit davantage crédible[2], convaincant, authentique.  Je voudrais aussi que ceux et celles qui doutent encore ou qui ont pris leurs distances vis-à-vis de notre Eglise, ou ceux qui sont pris en otage par des alliances occultes retrouvent le chemin de la foi.

Joie et fierté

4. Je me réjouis de constater que la foi imprègne la vie de beaucoup de membres de notre Eglise locale. Leur vie est transformée par la grâce divine. Ils sont d’authentiques témoins de Jésus Christ qui démontrent que l’Esprit de Dieu est à l’œuvre dans notre milieu. Ils sont nombreux à accepter Jésus Christ comme leur Sauveur.  Ils pratiquent la foi chrétienne et la font rayonner à travers un témoignage de vie convaincant.

Au nom de cette foi, ces témoins du Christ ressuscité sont engagés dans notre Eglise locale et y exercent divers ministères. Ils tiennent et animent, de façon remarquable, nos structures d’Eglise. Ils sont présents dans les mouvements et groupes qui embellissent notre diocèse ( Communautés ecclésiales de base (CEB), équipes liturgiques ou catéchétiques, Renouveau dans l’Esprit, Légion de Marie, Jamaa Takatifu, Mamans catholiques, chorales, lecteurs, gardiens de paix dans l’église, distributeurs de la sainte communion, visiteurs de malades, etc. ). Les plus jeunes ne sont pas en reste. Leur présence sur la scène ecclésiale ne passe pas inaperçu à travers, notamment, les mouvements Kiro, Xavéris, scouts, groupe Kizito- Anuarite, Enfants de Marie, coordination de jeunes, acolytes, chantres, etc.). Les responsables de ces joyaux de notre Eglise font preuve, quant à eux, d’un dévouement désintéressé, témoignant d’une foi engagée. Parmi eux se trouvent des agents pastoraux laïcs (Missionnaires laïcs diocésains(MLD), catéchistes, bénévoles, etc.). Nos écoles et, de façon générale, nos structures diocésaines  sont aussi des foyers à vocation de la  foi.

Enracinés eux-mêmes dans la foi, nos prêtres annoncent joyeusement l’Evangile à notre peuple, au prix de beaucoup de sacrifices, dans la patience et le dévouement. Ils s’efforcent, dans la mesure de la grâce qu’ils reçoivent de Dieu, d’être d’authentiques «maîtres de la foi» que le Christ a institués au milieu de nous.

Tout aussi remarquable est l’engagement des personnes consacrées qui sont comme le levain dans la pâte de notre Eglise et de notre société. Par leur témoignage et par leur dévouement, ils apportent une spécificité remarquable à la vie de notre Eglise locale. Leur présence nous rappelle à chaque instant notre vocation céleste. 

Beaucoup de nos familles chrétiennes du diocèse sont, elles aussi, comme des « Eglises domestiques » où la foi est vécue avec simplicité et transmise aux plus petits. Les vocations religieuses ou sacerdotales en sont parfois issues. En dépit de la pauvreté matérielle, qui sévit chez nous, ces familles offrent, très souvent, un témoignage vivant du Christ ressuscité. Elles sont, surtout pour les enfants, des lieux d’apprentissage et d’initiation non seulement à la foi, mais aussi à la prière, aux valeurs chrétiennes, à une vie de témoignage chrétien. Des parents y jouent leur rôle de premiers agents de l’évangélisation.

Il y a sans doute dans nos villages, des gens qui cherchent Dieu, qui sont probablement en communion sincère avec lui, à leur manière, loin de nos structures ecclésiales.  Ils s’approchent petit à petit de la porte de la foi. L’Eglise les attend, patiemment, pour les accueillir et les incorporer dans la Famille de Dieu

Tous ces différents membres du peuple de Dieu, hommes et femmes, jeunes et adultes, constituent un peuple de foi. Ils nourrissent et consolident leur foi à travers les sacrements et une pratique chrétienne vivante. Ils s’abreuvent aux fontaines des Saintes Ecritures et se laissent guider par l’Esprit Saint. Ils vivent pour Dieu et entretiennent, dans la mesure du possible, des liens de charité, de fraternité, de solidarité, de partage et de soutien mutuel. Par leurs contributions matérielle et spirituelle, ils soutiennent nos prêtres, nos œuvres d’Eglise et nos activités pastorales. C’est eux qui font la fierté de notre Eglise diocésaine. Je leur rends hommage et les encourage à continuer à cheminer avec le Christ, malgré les difficultés du moment. Ensemble, poursuivons dans la foi l’édification de l’Eglise de Dieu chez nous. 

Paradoxe

5. Cependant, à côté de ces témoignages édifiants, beaucoup parmi nous manifestent, très souvent, des attitudes de défaillances au niveau de leur foi. Ces attitudes démontrent que le chemin de la conversion est encore long[3].  En effet, comme l’a noté judicieusement le Pape Benoît XVI, il y a dans l’histoire de la foi, « le mystère insondable de l’entrelacement entre sainteté et péché. Alors que la première met en évidence le grand apport que les hommes et les femmes ont offert à la croissance et au développement de la communauté par le témoignage de leur vie, le second doit provoquer en chacun une sincère et permanente œuvre de conversion pour faire l’expérience de la miséricorde du Père qui va à la rencontre de tous »[4]. C’est donc pour provoquer la conversion en chacun de nous que je mentionne ces défaillances.

Peur et insécurité spirituelle

6. En effet, tout en se disant chrétiens, certains diocésains vivent comme s’ils ne connaissaient pas le Christ et son Evangile. Leur foi paraît sans constance, peu consistante, en tout cas fragile. Cette foi en Jésus Christ, qu’ils confessent sans trop de peine, ne semble pas les rassurer. De cette manière, ils manifestent toutes sortes de peurs, d’insécurité spirituelle, débouchant quelquefois sur des actes de contre-témoignage.  On constate qu’ils ont peur des sorciers, des esprits maléfiques, du diable, des fétiches, des sortilèges, de la mort, du mal, des génies de la forêt, etc. Un exemple suffit. Dans certains villages, il y a des chrétiens qui disposent des moyens matériels suffisants pour construire une belle maison, mais qui n’osent pas s’en construire une. Ils se contentent d’une case en paille parce qu’ils craignent de s’attirer la jalousie des autres ou de se voir jeter un mauvais sort et de mourir. Le Christ n’a-t-il pas dit : « Mais gardez courage ! J’ai vaincu le monde » (Jn 16, 33 ) ?

De même, certains de nos chrétiens font preuve d’une insécurité spirituelle qui ne s’explique pas. Comme si la foi ne leur suffisait pas, ils s’encombrent de fétiches, d’amulettes et se livrent parfois aux pratiques traditionnelles incompatibles avec l’Evangile du Christ. Pour toutes sortes de raisons, d’autres font parfois un usage magique et exagéré des sacramentaux ( eau bénite, port de médailles, onction de l’huile d’olive, usage de l’encens, allumage de bougies de neuvaine, etc.). Ils recherchent certaines prières spéciales de saints (Sainte Rita, par exemple) ou des anges comme l’Archange Michel. Dans cette insécurité spirituelle, il y en a qui se livrent à d’interminables jeûnes, jusqu’à nuire à leur santé parfois.

Ecartelés entre la foi et les traditions culturelles locales

7. Parmi nous, il y a beaucoup de catholiques qui sont écartelés entre la fidélité à la foi en Dieu et l’adhésion à l’éventail de croyances en vogue dans notre milieu. Ils sont terrifiés par d’éventuels assauts des sorciers ou des esprits impurs. Quand frappent le malheur, la souffrance, les insuccès de la vie et surtout la maladie, ils oublient leur foi. Ils se font récupérer par les sectes ou recourent avec empressement, le cas échéant, aux solutions qu’offrent la culture et les coutumes locales : consultation de devins, usage de fétiches et des amulettes, sacrifices d’animaux, cultes païens, etc. Dans une lettre pastorale de 1980, Monseigneur Eugène KABANGA, Archevêque de Lubumbashi fit, non sans ironie, le même constat amer : « Pour l’instant il existe déjà une autre forme de pèlerinage. C’est que pas mal de chrétiens éprouvés ou en difficulté professionnelle, familiale ou personnelle vont trouver le féticheur, le guérisseur ou le « prieur ». Et ce sont là des moments d’angoisse, de désarroi intérieur et même de panique. La précarité de l’existence humaine est alors sentie au tréfonds de l’être humain, et pousse alors à des démarches de toutes sortes. Il n’est un secret pour personne que ces démarches sont bien souvent occasion de division au sein des familles et des clans. Ce qu’on éviterait, poursuit l’Archevêque, si chacun pouvait assumer dans la Foi, la souffrance comme étant participation à la Passion du Christ pour le salut du monde »[5].

On constate aussi que d’autres chrétiens acceptent, en principe, la lumière du Christ, mais en même temps ils restent très superstitieux et très dépendants des obligations coutumières peu orthodoxes aux yeux de la foi chrétienne.  Tout en menant une vie chrétienne en apparence, ils n’abandonnent pas de pratiques magiques et cultuelles à certaines occasions, selon les nécessités de la vie. En cas de décès en famille, ils s’adonnent avec facilité aux rites funéraires ou post-funéraires incompatibles avec la foi chrétienne ( « Kupiana », rites d’exorcisme traditionnel du(de la) conjoint(e) du(de la) défunt(e), etc.).

Désarmés face aux situations dramatiques ?

8. Pendant les moments difficiles de la vie, beaucoup d’entre nous se croient abandonnés par leur Eglise et se considèrent comme complètement désarmés. Ils ne font pas usage des armes de leur foi pour faire face aux drames de la vie. La foi chrétienne leur apparaît comme quelque chose d’inefficace, ou tout au moins d’inapte ou d’inapproprié pour le combat de la vie. En certains cas, on a l’impression que la foi leur semble comme quelque chose de folklorique. Pareille conception erronée de la foi pousse certains fidèles soit à l’abandonner purement et simplement,  soit à n’en faire qu’un recours d’occasion, en l’occurrence pendant les moments de joie ou d’accalmie dans la vie.

En d’autres termes, il existe une portion du peuple de Dieu ayant une conception caricaturale de la foi. Les fidèles catholiques appartenant à cette catégorie considèrent la foi catholique comme un ensemble de rites, plus ou moins obligatoires, des préceptes moraux, sans impact sur la vie réelle. Ils placent leur participation à la vie de l’Eglise au même rang que la fréquentation des activités de leurs associations socioculturelles et de leurs partis politiques, par exemple. On sent un divorce entre la foi qu’ils prétendent confesser et leur vie de tous les jours. 


Quête permanente de protection

9. On observe, chez certains chrétiens, une sorte d’obsession ou de quête permanente  d’une certaine protection que, selon eux, l’Eglise ne leur offre pas. Pareils catholiques courent derrière certains mouvements, comme le Renouveau dans l’Esprit, non pas seulement pour obtenir la grâce des dons de l’Esprit Saint et faire l’expérience de la Pentecôte, mais pour se mettre à l’abri des forces nuisibles. Le Renouveau dans l’Esprit n’est pas pour eux une école de prière pour découvrir davantage le Christ et l’Esprit Saint, mais un refuge.

Ils manifestent aussi ce besoin de protection en faisant usage, de façon magique, des sacramentaux (eau bénite, médaille, prières spéciales attribuées à certains saints, exaltation de dévotions privées frisant une certaine déviation, etc.).  Dans le pire des cas, ils courent d’une secte à une autre, d’un shinganga[6] (féticheur) à un autre.

Admirer les sacrements sans les demander

10. Dans nos communautés paroissiales, il y a des diocésains qui admirent les sacrements, mais hésitent ou tardent à remplir les conditions pour les recevoir. Ils ont reçu le baptême ; ils ont peut-être fait leur première communion, mais n’osent pas franchir une autre étape.  Il y en a qui sont engagés dans divers secteurs de la vie de notre Eglise, mais ne sont pas mariés religieusement ou ne s’approchent pas de la sainte table du Seigneur à cause des empêchements d’ordre personnel.


Dans le même ordre d’idées, j’ai rencontré, dans une de nos paroisses, de jeunes très engagés dans la chorale, mais qui n’ont jamais reçu le baptême… Ils chantent à l’église comme dans un groupe folklorique ou dans un orchestre.  Saint Augustin n’a-t-il pas dit que celui qui chante prie deux fois ? Comment peut-on prier deux fois sans connaître celui qu’on prie ou qu’on lue dans les chants ?

Accumuler les richesses matérielles et oublier Dieu

11. Beaucoup de ceux d’entre nous disposant de quelques moyens matériels et financiers pratiquent la foi chrétienne. Toutefois, il y en a, de plus en plus nombreux qui, en accumulant davantage des richesses s’éloignent peu à peu de la foi, jusqu’à l’abandonner. Ils ont tendance à perdre le goût des sacrements et se montrent, quelquefois, distants de leur Eglise. Si, par malheur  ils viennent à perdre leurs richesses, ils effectuent un retour remarqué à la foi chrétienne.

Attirés par les mouvements mystiques

12. Il existe, dans certaines communautés paroissiales, des intellectuels, des commerçants ou des cadres d’entreprises ou de l’Etat. Généralement, ce sont des anciens élèves de nos écoles catholiques.  Parmi eux, il y en a qui succombent aux charmes du mysticisme, de l’occultisme, du fétichisme et, en certains cas, de la magie pour satisfaire une étrange aspiration à l’enrichissement facile et à une soif inassouvie du pouvoir ou de promotion. De simples chrétiens, heureusement une minorité, tombent parfois dans le piège de ces croyances séduisantes. Tout en étant englués dans  ces faisceaux d’illusions, ils se convainquent que leurs pratiques parallèles n’ont rien d’incompatible avec la foi chrétienne que confesse l’Eglise catholique ; ce qui est faux.  Ainsi en est-il de ceux qui fréquentent les loges de la Rose Croix et de la Franc-maçonnerie, ou encore d’autres mouvements spiritualistes d’origine indienne. Ils entrent dans nos églises pour se donner une bonne conscience, comme des loups déguisés parmi les agneaux. Les plus téméraires osent faire clandestinement la propagande de leurs marchés d’illusions.

Crise des valeurs

13. A côté de ces failles dans notre vie de foi, il faut noter aussi la montée inquiétante des antivaleurs qui affectent même le progrès de notre pays. En effet, dans un  Congo où ceux qui se disent chrétiens sont majoritaires, la corruption, le clientélisme, le vol, la malhonnêteté, l’adultère, la fraude fiscale, l’escroquerie, le tribalisme, etc., prennent de plus en plus des proportions inquiétantes.  Les catholiques ne seraient-ils chrétiens qu’à l’église et non dans leur vie de tous les jours ? Je serai tenté de dire que nous sommes nombreux à honorer le Seigneur de nos lèvres, mais nos cœurs sont loin de lui (Cfr Mt 15, 8). Ce divorce entre la foi professée et la vie qu’on mène est une grave erreur [7] qui hélas caractérise l’histoire du cheminement de la foi depuis toujours et que les prophètes, puis le Christ ont condamnée tour à tour avec fermeté.  .

Chez nous, il se pose, en effet, une question fondamentale du sens à donner à notre appartenance religieuse et, plus profondément, du rapport entre pratique religieuse et vie concrète. Loin de moi l’idée que tout catholique doit être saint sur cette terre. Il me semble cependant qu’il y a comme une dichotomie entre l’enthousiasme que nous manifestons à suivre Jésus Christ et notre vie réelle ; étant donné que celle-ci est censée être le reflet de ce que nous croyons[8]. Cet écart mérite une analyse de fond. En tant que Pasteur, je me sens interpellé.


Gens de peu de foi

14. Les éléments ci-haut esquissés questionnent l’authenticité de notre foi. Il faut, sans doute, une étude approfondie, forcément multidisciplinaire, pour déceler les raisons profondes qui expliqueraient les défaillances de la foi chrétienne chez nous. Parmi ces raisons figurent, sans doute, celles d’ordre culturel, anthropologique, sociologique, psychologique ou philosophique. Toutefois, d’un point de vue purement pastoral, cette dichotomie dont nous faisons preuve interroge sérieusement nos mécanismes de transmission de la foi et, par-dessus tout, notre foi. Laissant de côté nos modes de transmission de la foi, je me borne ici sur la foi. Il s’agit, plus précisément, de la nature, la qualité, la compréhension et les implications concrètes de cette foi en Jésus Christ. Nous réalisons que, malgré tout, nous sommes des hommes et des femmes de peu de foi (Cfr Lc 12, 28). Il nous faut, dès lors, approfondir notre foi, la purifier, l’enrichir, la consolider et rappeler, fût-ce à grands traits, ses exigences fondamentales. Car, comme a dit le Christ, «  Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous auriez dit au mûrier que voilà : « Déracine-toi et va te planter dans la mer », et il vous aurez obéi » ( Lc 17, 6 ). Cet effort d’approfondissement est important. En effet, comme l’a si bien souligné le Saint Père Benoît XVI, « la connaissance des contenus de foi est essentielle pour donner son propre assentiment, c’est-à-dire pour adhérer pleinement avec l’intelligence et la volonté à tout ce qui est proposé par l’Eglise. La connaissance de la foi introduit à la totalité du mystère salvifique révélé par Dieu »[9].


Une question qui dérange et une interpellation

15. Il y a, dans l’Evangile de Luc, une question fondamentale qui mérite de retenir notre attention : « Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18, 8). Cette grave question déborde son contexte primordial mettant un juge inique face à une veuve importune ( Cfr Lc 18, 1-8). Considérant les foules que drainent nos célébrations et qui remplissent nos églises, cette question donc peut sembler dépassée, inutile, propres à d’autres temps ou tout simplement pertinente sous des cieux où on ferme des églises faute de fidèles comme en Amérique, Europe et Océanie. Cette question peut sembler inopportune chez nous où les statistiques de fidèles sont en croissance. Or, elle nous concerne. Elle est bel et bien d’actualité dans notre Eglise locale. Notre manière d’accueillir Jésus Christ, notre pratique de la foi au  contact avec la vie quotidienne donnent valeur à cette question de fond. Tel est le premier motif qui m’a poussé, à l’occasion des fêtes pascales 2012, à inviter tous les chrétiens à se mettre debout et à avoir toujours en main le bouclier de la foi ( Cfr Ep. 6, 14,16).

16. Le deuxième motif de cette Exhortation est un Acte du Pape Benoît XVI. A travers un Motu proprio intitulé Porta fidei, déjà cité plus haut,  le Saint Père a promulgué, en octobre dernier, une Année de la foi.  Celle-ci commencera le 11 octobre 2012, date du 50e anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II et du 20e anniversaire de la publication du Catéchisme de l’Eglise catholique. Elle sera clôturée le 24 novembre 2013. Avec ce Motu proprio, le Saint Père boucle la boucle de ses enseignements sur les trois vertus théologales. En effet, Porta fidei  complète une importante catéchèse du Pape sur la charité ( Deus caritas est (2005) ; Caritas in veritate ( 2009) ; et sur   l’espérance (Spes salvi ( 2007), ayant pour fondement Jésus Christ (Jésus de Nazareth.I. Du baptême dans le Jourdain à la transfiguration, 2007 ; Jésus de Nazareth. II. De l’entrée à Jérusalem à la résurrection, 2011).  

Dans le contexte actuel, l’intérêt du Pape pour les vertus théologales (foi, espérance et charité) touche au cœur même des problèmes spirituels cruciaux des hommes et des femmes de notre temps, en particulier de notre diocèse. Dans cette logique, je considère la promulgation d’une année de la foi comme une interpellation pressante pour nous autres du diocèse de Kilwa-Kasenga. N’est-ce pas pour nous l’occasion de dire au Seigneur, à l’instar des Apôtres, « augmente en nous la foi » (Lc 17, 5 ) ?  Voilà le deuxième motif de cette modeste Exhortation.  

Dans l’Eglise catholique, il existe des Traités remarquables sur la foi auxquels on peut se référer utilement. Mon objectif est plutôt modeste. Au regard des questions de foi qui se posent dans notre Eglise et dans notre société, il me paraît urgent de rappeler les fondamentaux de la foi ainsi que les implications de celle-ci dans la vie de ceux et celles qui répondent à l’appel de Dieu.  Avec la grâce de Dieu, je suis convaincu qu’il est possible pour nous de refléter autrement une vie témoignant du Christ ressuscité.  

Qu’est-ce que la foi en Dieu ?

Dans le contexte actuel du pluralisme religieux et de la prolifération des sectes, il arrive que des gens disent qu’ils croient en Dieu et prient dans telle confession religieuse sans savoir exactement ce que signifie la foi chrétienne. Cette tentation guette beaucoup de nos fidèles du diocèse. Qu’est-ce que donc la foi en Dieu ?

Une foi trinitaire

17. Comme l’enseigne si clairement le Catéchisme de l’Eglise catholique, «  La foi est d’abord une adhésion personnelle de l’homme à Dieu ; elle est en même temps, et inséparablement, l’assentiment libre à toute vérité que Dieu a révélée. »(n.150). La foi n’est donc pas une adhésion à une créature humaine ou à une force de la nature créée par Dieu. La foi est une relation de confiance à l’égard de l’Etre suprême qu’est Dieu, Créateur de toutes choses, visibles comme invisibles. Cette adhésion est personnelle, volontaire, sans contrainte, en ce sens que c’est une réponse libre de l’homme à l’initiative de Dieu. C’est cette fois qu’on exprime lorsqu’on dit, avec l’Eglise tout entière « Je crois en Dieu», spécialement dans le credo.  

Dans l’Eglise catholique, croire en Dieu, c’est, immanquablement, croire en son Fils Jésus Christ. Lui-même l’a attesté : « Croyez en Dieu, croyez aussi en moi » ( Jn 14, 1). C’est bien normal parce que Jésus Christ est lui-même Dieu, Fils du Père, révélation et révélateur par excellence du Père. Inséparablement, croire en Jésus Christ, c’est croire aussi en l’Esprit Saint. Notre foi est trinitaire. C’est ce que nous exprimons dans le signe de la croix.   

Telle est la foi que professe l’Eglise catholique, que nous réaffirmons chaque fois que nous récitons le credo, dans laquelle nous avons été baptisés. L’auteur de l’Epître aux Hébreux nous en donne une autre définition magnifique : « La foi est la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas » (He 11,1). Aux yeux de nous autres Africains, habitués à une culture du « voir » et du« toucher », comme l’Apôtre Thomas devant le phénomène de la résurrection du Christ (Cfr Jn 20, 25), cette définition apporte un éclairage tout à fait approprié.

Un don de Dieu, une vertu, une vie

18. La foi n’est pas un acte intellectuel et ne s’acquiert pas au bout d’un effort humain d’on ne sait quelle nature. Bien que Saint Augustin ait dit qu’il faut « croire pour comprendre et comprendre pour croire », la foi est essentiellement une grâce, un don surnaturel de Dieu, par surcroît, une vertu qu’on reçoit gratuitement et humblement grâce aux secours intérieurs du Saint Esprit. Comme vertu, elle est inexorablement liée à l’espérance et à la charité. Cette trilogie constitue les vertus dites théologales.   .   

La foi n’est pas une idée abstraite, un système de pensée, un courant idéologique. C’est un mode d’existence, une vie nouvelle plus exactement une vie de communion avec le Dieu vivant qui s’est révélé en Jésus Christ, impliquant les relations d’amour avec Dieu et avec les semblables. « En effet, la foi grandit quand elle est vécue comme expérience d’un amour reçu et quand elle est communiquée comme expérience de grâce et de joie »[10].

La foi n’est pas un acte isolé ou égoïste. Elle se vit en Eglise, en partage avec les autres. Elle s’entretient. L’Eglise, premier sujet de la foi et gardienne du « dépôt de la foi », met à notre disposition d’innombrables moyens pour l’entretenir, la conserver et lui faire porter des fruits : la Parole de Dieu, la catéchèse, les sacrements, les exercices spirituels,  les rites, les mouvements spirituels, les diverses formes de la pratique chrétienne, etc.
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Il convient, Frères et sœurs, de nous rappeler que la foi nous amène à nous tourner vers Dieu et vers Lui seul. La raison en est que Lui, notre Dieu, est notre première origine, notre fin ultime. En conséquence, nous ne pouvons rien Lui préférer, rien Lui substituer. Le Christ a dit clairement qu’on ne peut servir à la fois deux maîtres (Cfr  Mt 6, 24). Dès lors, on ne peut pas prétendre adorer Dieu, Unique, tout en se laissant enchaîner dans des pratiques fétichistes ou dans les croyances qui nient, en réalité, sa Majesté. 

Croire au Dieu de Jésus Christ a une portée considérable dans toute notre vie. Cela signifie qu’il faut avoir confiance en Lui en toute circonstance, même dans l’adversité, dans la joie comme dans la peine, quand on est bien portant comme quand on est malade, riche ou pauvre. Sainte Thérèse de Jésus eut le bonheur de dire que celui qui croit en Dieu ne manque de rien. Dieu seul lui suffit. Dieu est son berger suprême. Rien ne saurait lui manquer ( Cfr Ps 23, 1 ). 

Comme vie à vivre, dans l’expérience concrète, la foi est appelée à conduire à la conversion, une metanoia profonde, et à produire des œuvres. D’une part, accueillir la foi en Jésus Christ, c’est se convertir, se laisser transformer par la grâce divine, pratiquer la charité au quotidien, être « sel de la terre », « lumière du monde » (Mt 5, 13.14). « C’est l’exercice de la charité qui manifeste que la foi est vivante »[11]. Comme a dit récemment le Pape Benoît XVI, il s’agit, pour les chrétiens, de « s’engager effectivement à vivre l’Evangile dans leur vie et dans la société. Le Christ appelle à la metanoia, à la conversion. Les chrétiens sont marqués par l’esprit et les habitudes de leur époque et de leur milieu. Mais par la grâce de leur baptême, ils sont invités renoncer aux tendances nocives dominantes et à aller à contre-courant »[12]. Bien entendu, la conversion est un processus dynamique. Elle n’atteint pas de perfection dans ce monde, mais elle est un cheminement entamé, palpable, reconnaissable à certains actes concrets. Le témoignage de vie en est une preuve convaincante.

D’autre part, il n’y a pas de foi sans témoignage de vie, sans œuvres. Saint Jacques, est, à ce propos, explicite : « A quoi cela sert-il, mes frères, que quelqu’un dise : « J’ai la foi », s’il n’a pas les œuvres ? La foi peut-elle le sauver ? Si un frère ou une sœur sont nus, s’ils manquent de leur nourriture quotidienne, et que l’un d’entre vous leur dise : « Allez en paix, chauffez-vous, rassasiez-vous», sans leur donner ce qui est nécessaire à leur corps, à quoi cela sert-il » (Jc 2, 14-16). Et de trancher net, la foi, « si elle n’a pas les œuvres, elle est tout à fait morte » (Jc 2, 17). En effet, de par sa nature, la foi n’est pas passive, sans effet. Lorsqu’elle est authentique, elle a un impact dans la vie de celui qui l’accueille.  Elle opère par la charité, témoigne l’Apôtre Paul ( Cfr Ga, 5, 6). Opérante, la foi l’est en vérité.

Une puissance

19. Il faut se garder de ne pas sous-estimer la foi. Elle est une puissance. Les témoignages bibliques sont abondants. L’auteur de l’Epître aux Hébreux fait un éloge mémorable en citant les anciens qui l’ont honorée et en ont été honorés ( Cfr He 11, 3ss.) : Abel, Hénoch, Noé, Abraham, Sara, Isaac, Moïse, etc. Et comment ne pas se remémorer avec ces paroles rassurantes : «  Et que dirai-je encore ? écrit l’Auteur sacré. Car le temps me manquerait si je racontais ce qui concerne Gédéon, Baraq, Samson, Jephté, David, ainsi que Samuel et les Prophètes, eux qui, grâce à la foi, soumirent des royaumes, exercèrent la justice, obtinrent l’accomplissement des promesses, fermèrent la gueule des lions, éteignirent la violence du feu, échappèrent au tranchant du glaive, furent rendus vigoureux, de malades qu’ils étaient, montrèrent de la vaillance à la guère, refoulèrent les invasions étrangères. Des femmes ont recouvré leurs morts par la résurrection. Les uns se sont laissé torturer, refusant leur délivrance afin d’obtenir une meilleure résurrection.(…) (Hé 11, 32-40).

Dans sa vie terrestre, le Christ nous a fait découvrir d’importants aspects de la puissance de la foi. «  Ta foi t’a sauvé » a-t-il dit à plusieurs reprises aux malades qu’il a guéris (Cfr Mc 5, 34 ; Mt 9, 22 ; Lc 8, 48). Jésus a démontré qu’au-delà de la guérison physique, la foi donne le salut ( Cfr Rm 10, 9). Les Apôtres, les martyrs et les saints nous ont légué un héritage édifiant de foi. L’exemple de l’Apôtre Paul mérite une mention spéciale. Homme de grande foi, Paul de Tarse a opéré de nombreux miracles, « à tel point qu’il suffisait d’appliquer sur les malades des mouchoirs ou des linges qui avaient touché son corps : alors les maladies les quittaient et les esprits mauvais s’en allaient » (Ac 19, 12). A Ephèse, milieu réputé pour ses pratiques magiques, « beaucoup de ceux qui étaient devenus croyants venaient faire leurs aveux et dévoiler leurs pratiques. Bon nombre de ceux qui s’étaient adonnés à la magie apportaient leurs livres et les brûlaient en présence de tous. » ( Ac 19, 19). La mésaventure des exorcistes juifs (Ac 19, 12-17), est, quant à elle, une preuve qu’on ne badine pas avec la foi dans le nom de Jésus Christ, pour emprunter le langage de Bossuet.


La puissance de la foi se déploie également dans ses rapports avec la culture. Parce que fondée sur l’Evangile, la foi chrétienne a la capacité puissante de purifier la culture, de permettre à celui qui s’en réclame de discerner dans notre culture et dans nos traditions coutumières locales, ce qui est bon pour notre salut et ce qui ne l’est pas.

Comme le levain dans la pâte (Cfr Mt 13, 33), la foi aussi une puissance de transformation intérieure. Le florilège des vies de saints abonde en exemples. Autour de nous, il y a sans doute des témoignages des gens qui, ayant découvert le Christ, ont renoncé à la débauche, à l’alcoolisme, au banditisme ou au fétichisme pour mener une vie conforme à l’Evangile. Puissance, la foi est aussi un bouclier.

Un bouclier

20. S’adressant aux Ephésiens, Saint Paul utilise une image fort éloquente pour désigner la capacité protectrice et défensive de la foi chrétienne (Ep. 6, 16). Il dit, en effet, «  Ayez toujours en main le bouclier de la Foi ». Le bouclier est assez mal connu chez nous. Les traductions en langues locales du mot bouclier ne sont pas assez heureuses pour que nous en comprenions la portée sémantique et la puissance de l’image que Saint Paul utilise pour qualifier notre foi.

A l’instar de la Bible bemba, éditée en 1971 à Mbala en Zambie, que nous utilisons assez souvent,  beaucoup de traducteurs de la Bible en bemba utilisent le mot  inkwela ou nkwela pour désigner le bouclier. Beaucoup de gens ont de la peine à s’imaginer avec exactitude ce que c’est que cet instrument. Cependant, ils reconnaissent que c’est un instrument de guerre pour se protéger contre les flèches ou les lances des ennemis ou, tout au moins, quelque chose qui sert à neutraliser une attaque physique.

La Bible luba, quant à elle, avance le terme ngabo, que plusieurs zela de chez nous interrogés ne semblent pas connaître avec précision. En swahili, Agano Jipya parle de ngao, également vaguement connu dans nos milieux ; ce qui n’est pas non plus satisfaisant. J’ai dû personnellement recourir à des civilisations étrangères, romaine en particulier, pour mieux comprendre ce concept. Mais qu’est-ce qu’est vraiment le bouclier ?

Le Dictionnaire Larousse parle de l’ « arme défensive portée au bras pour parer les coups de l’adversaire », « Tout dispositif de protection », « moyen de protection, défense ». Dans le fond, il s’agit d’un instrument de guerre, couvrant tout le corps ou une partie, destiné à se protéger contre les armes d’attaque provenant des ennemis. Dans le Dictionnaire des symboles, Jean Chevalier et Alain Gheerbrant font remarquer que : « Le bouclier était assez grand pour couvrir le combattant sur toute sa hauteur et servir éventuellement de civière pour emporter un mort ou un blessé. Au lieu de scènes séduisantes, le bouclier porte parfois une figure terrifiante, qui suffit à terrasser l’adversaire »[13]. C’est donc essentiellement un instrument de protection personnelle, de survie, censé être solide pour empêcher les armes de l’ennemi à atteindre le corps du combattant. Remarquons que ce n’est pas une arme pour attaquer, mais davantage pour se protéger, résister, se défendre et triompher de ses ennemis.

Notre foi est comme cet instrument de combat. C’est une arme, un outil de protection. Elle est dotée de solidité d’un fer, de capacité de résister aux armes des ennemis et donc susceptible de nous protéger, quand on s’en sert bien faut-il préciser.  « Dans la description paulinienne de l’armure dont le chrétien doit se servir pour le combat spirituel du salut, le combat c’est la Foi, contre laquelle se briseront tous les traits du Mauvais. Il dit plus précisément que c’est la Foi qui éteindra les traits enflammés du Mauvais ; éteindre des flammes, le sens du symbole donne ici une signification toute spirituelle au rôle du bouclier de la foi, qui doit servir contre les tentations de l’hérésie, de l’orgueil et de la chair »[14].

Le combat spirituel revêt une dimension psychologique non négligeable. Le bouclier est aussi une arme psychologique[15]. Ceci est très important pour nous, Africains et Africaines, pour chasser les peurs qui nous hantent. La foi doit nous armer suffisamment, jusqu’au niveau psychologique, pour que nous gagnions le combat du salut.

L’Ecriture nous rassure, une fois de plus : le bouclier du croyant, c’est Dieu lui-même. Le livre de la Genèse atteste que Dieu avait dit à Abram : « Je suis ton bouclier… » (  Gn 15, 1)[16]. Le psalmiste chante avec lyrisme Dieu, le bouclier du croyant ( Cfr Ps 3, 4 ; 7, 11 ; 27, 7 ; 58, 12 ; 83, 10 ; etc.) Le livre des Proverbes nous enseigne que Dieu est un bouclier pour qui se fie à Lui (Cfr Pr 30, 5). C’est dire que celui qui a la foi n’a rien à craindre. Dieu lui-même prend sa défense. En conséquence, je vous adjure, Frères et sœurs, de vous appuyer sur votre foi en toute circonstance.


La vie de foi est un perpétuel combat…

21. La vie de foi est un perpétuel combat. C’est ce qui a poussé Saint Paul à utiliser un langage de guerre. L’Apôtre des Gentils, en effet, parle de l’armure du chrétien (Ep. 6, 10.20). Il exhorte Timothée à combattre le bon combat de la foi ( 1Tim 6, 12) et à conquérir la vie éternelle. Ce n’est pas d’un combat physique qu’il s’agit. Mais c’est d’abord et avant tout un combat spirituel. Les armes d’un tel combat ne sont pas charnelles ( Cfr 2 Co 10, 3-4), mais ce sont des armes ayant la « puissance de renverser les forteresses »( 2 Co 10, 4).

Il sied de préciser ici que le combat de la Foi est davantage un combat intérieur. Chacun de nous doit le livrer avant tout à l’intérieur de lui-même, contre l’orgueil, l’égoïsme, la médisance, la calomnie, l’instinct de domination des autres, les préjugés, l’usage abusif du pouvoir ou des charismes que Dieu nous a donnés gratuitement sans aucun mérite de notre part, la convoitise, le soupçon des autres…Le champ de bataille d’un tel combat, c’est notre cœur. Pour avoir compris l’importance d’un tel combat dans le cœur humain, Jésus a proposé une religion du cœur, c’est-à-dire du centre même de l’homme, visant la metonia de toute la personne humaine.  

Saint Paul parle du bouclier de la Foi devant nous protéger contre les flèches du Malin. Souvenons-nous du précieux conseil de Pierre : « Soyez sobres, veillez. Votre partie adverse, le Diable, comme un lion rugissant rôde, cherchant qui dévorer. Résistez lui, fermes dans la foi…» (1P 5, 8-9). On peut penser, avec raison, à toutes sortes d’attaques provenant de l’extérieur et tendant à nous détruire.  Eh bien sachons-le, la foi nous en protège avec certitude. Mais, il y a lieu de penser aussi que le Malin peut être d’abord en nous. Il faut le combattre de la même manière, avec la même énergie, avec les mêmes armes de la Foi.

La foi nous suffit 

Frères et sœurs,

22. Comme je l’ai souligné plus haut, la foi est une relation vivante avec Dieu le Père, avec Jésus Christ et avec le Saint Esprit. Celui ou celle qui croit en Dieu unique n’a pas besoin d’un quelconque complément ou d’un ajout de quelque nature. Il ou elle doit se tourner uniquement et exclusivement vers le seul vrai Dieu, créateur de toutes choses, Amour, Bonté suprême... En Dieu, nous avons tout. Dieu nous protège ( Cfr Jr 15,20). « Celui qui craint le Seigneur, dit l’Ecclésiaste, le mal ne le frappe pas, et même dans l’épreuve, il sera délivré » (Si 33,1). Dieu nous protège pour l’éternité (Ps 47, 9). Tenez ceci pour vrai : notre foi chrétienne nous suffit. Par voie de conséquence,  chercher autre chose que Dieu dans notre vie, c’est insulter sa Majesté. C’est un péché grave. Nous devons donc renoncer à Satan et à ses œuvres, comme nous le promettons avant notre baptême, mais aussi à toutes les iniquités. En tant que chrétiens, nous devons absolument et définitivement nous détourner des idoles (Lv 19, 4), des fétiches,  de toute autre forme de protection qui, en réalité, ne relève que de l’illusion.  Celui qui se tourne vers Dieu, abandonne automatiquement les idoles (Cfr 1 Th, 1, 9) et tout ce qui va avec.

Soutenus par la force des sacrements, notre foi en Jésus Christ, Fils de Dieu, nous donne une garantie du salut. Le patrimoine de l’Eglise nous donne tous les moyens nécessaires à notre salut : une Parole qui nous fait écouter Dieu en personne, nourrit notre foi, nous console, nous guide et nous édifie ; des sacrements pour accueillir la vie de Dieu et nous préparer au pèlerinage dans les cieux ; des rites et des sacramentaux utiles en toutes circonstances ; des ministères pour encadrer notre foi ; une liturgie riche et vivante pour célébrer le culte à rendre au seul vrai Dieu ; des prières pour nous adresser au Seigneur ; une musique sacrée emballante pour accompagner notre louange à Dieu ; des saints pour nous servir de modèles ; des martyrs pour nous édifier par leur témoignage ; des pasteurs pour nous transmettre la foi, nous écouter et nous accompagner dans la foi, des communautés ecclésiales de base et des mouvements spirituels pour nous épanouir spirituellement et nous soutenir les uns les autres, etc. On peut ajouter l’enseignement social de l’Eglise pour éclairer notre cheminement dans la cité terrestre. Il y a tout dans l’Eglise de Dieu ! Dès lors, il est illusoire de vouloir aller vagabonder dans des sectes, dans les mouvements mystiques, dans les cases des devins ou des féticheurs.

Debout, avec le bouclier de la foi

23. A l’instar de Saint Paul aux chrétiens d’Ephèse, je vous adjure à demeurer debout…en tenant en main le bouclier de la foi (Cfr Ep, 6, 16). Comme vivre la foi est un combat spirituel, sachons qu’on ne se bat pas en position couchée ou accroupie. Il faut être debout dans la foi pour entrer dans le combat du salut. Et Dieu seul sait combien d’entre nous sont, au niveau de la pratique de leur foi, couchés, paralysés, enchaînés dans la peur, asservis par diverses croyances perverses, asphyxiés par la superstition, neutralisés par les fétiches, englués dans des pratiques occultes, étranglés par la haine et le tribalisme, étourdis par la recherche des profits peu honnêtes, hantés par les illusions, suffoqués par les préjugés, etc.

Nous sommes nombreux à ne pas être en position de livrer bataille. C’est pourquoi, il nous faut d’abord nous mettre debout dans la foi. Il nous faut retrouver la position de nous défendre en utilisant le bouclier de la foi. Pour y parvenir, nous devons répondre, au préalable, aux questions suivantes : Où en sommes-nous avec notre foi ? Quelle est la qualité de notre foi ? A la lumière de Mt 17, 20 ; Lc 17, 6, quelles dimensions peut avoir notre foi ? Honnêtement, nous nous rendons tous compte de la misère, de la petitesse et de la médiocrité de notre foi.  Alors tournons-nous courageusement vers le Seigneur ressuscité et disons lui de nous remettre debout et de nous augmenter la foi. Notre foi a besoin d’être purifiée, consolidée et fortifiée pour qu’elle soit agissante. Elle doit surtout être sans hypocrisie, porter des œuvres, nous conduire à l’engagement dans notre Eglise et dans notre société. Elle doit rayonner pour convaincre, être suffisamment forte pour aboutir à la conversion.  Il y a une nécessité urgente qu’elle soit traduite en actes concrets.

Demeurer debout avec, en main, le bouclier de la foi, c’est nous enraciner profondément en Dieu, découvrir la valeur inestimable du don de la foi qu’Il nous a fait, utiliser ce don en toutes circonstances pour lui plaire et pour transformer notre société.  Demeurer debout dans la foi, c’est aussi entrer dans la civilisation de l’amour, être prêts à rendre compte de notre espérance (Cfr 1P3,15).  Demeurer debout dans la foi, c’est enfin ne pas avoir peur de quoique ce soit (Cfr Mt 17, 7), savoir se servir de l’arme de la foi dans tous les combats de la vie. En Marie, nous avons un modèle.

 
Marie, debout avec le bouclier de la foi

24. Il est évident que la Très Sainte Vierge Marie est un modèle de foi. Dans le contexte qui est le nôtre, la Mère du sauveur et Mère de l’Eglise est un authentique modèle d’une femme debout, tenant en main le bouclier de la foi. D’une part, tout au long de sa vie, Marie est restée courageuse, persévérante et inébranlable. Elle a supporté tous les coups de la vie en demeurant fortement attachée à sa foi, en ayant confiance en Dieu. Elle n’a pas trahi sa fidélité au Seigneur, même dans les circonstances les plus difficiles comme par exemple la fuite en Egypte (Cfr Mt 2, 13-15). L’épisode le plus éloquent et digne d’éloge est sa présence, debout, aux pieds de la croix de son fils. Bien plus, après la mort de son fils, elle est demeurée auprès des Apôtres, bravant audacieusement la peur du moment.

D’autre part, de l’Annonciation à son assomption, la Mère de Dieu a su utiliser sa foi pour accepter le plan de Dieu faisant d’elle la mère du sauveur, alors qu’elle ne connaissait point d’hommes. Sa réponse à l’ange Gabriel (Lc 1, 38) est véritablement une réponse de foi et non le fruit de son intelligence ou de sa sagesse.  C’est à cette Mère Très sainte que nous devons nous confier pour rester debout et nous apprendre à utiliser la force de notre foi dans notre combat pour le salut.

Appel spécial aux déplacés de guerre des paroisses de Mitwaba, Kasongo-Mwana et Dubie

Frères et sœurs,

25. Alors que l’Eglise entière célèbre, dans la joie, la résurrection de Jésus Christ notre Seigneur, vous êtes, vous, loin de vos villages, tapis dans la détresse et menacés par l’insécurité toujours grandissante. La méchanceté des hommes a fait de vous des déplacés dans notre propre diocèse. Depuis décembre dernier déjà, certains d’entre vous ont été condamnés à l’errance dans notre région, abandonnant désespérément maisons, champs, écoles, dispensaires, poules, chèvres et autres biens de valeur. Exposés aux intempéries, à la famine et aux épidémies, vous payez un lourd tribut de la rupture de la paix occasionnée par le retour, dans notre contrée, du seigneur de guerre Kyungu MUTANDA alias Gédéon. M’imaginant qu’il y a à peine six ans que l’on est sorti d’un drame semblable, mon cœur de pasteur est troublé et peiné. De toute évidence, vous ne méritez pas une telle souffrance.

Je salue votre courage de baver toutes sortes de souffrances dans la foi. Dans votre exil, vous vous adonnez à toutes sortes de petits travaux pour obtenir de quoi subvenir à vos besoins. Je rends un hommage distingué à mes prêtres qui ne vous abandonnent pas et qui vous entourent d’une chaleureuse affection pendant ces moments difficiles. J’exprime ma reconnaissance aux fidèles et aux personnes de bonne volonté qui vous témoignent leur solidarité sous plusieurs formes.

La célébration de la résurrection du Seigneur vous trouve dans cette situation déplorable. Dans la foi, je vous exhorte à ne pas céder au désespoir et au découragement. J’ai la ferme conviction que les forces du mal ne peuvent pas triompher définitivement du bien. Le cri de votre souffrance ne peut rester sans réponse de la part de Dieu et de la part des Autorités de notre province et de notre pays, qui font de leur mieux pour vous sortir le plus rapidement possible de cette situation dramatique. Debout…Tenez plus fort le bouclier de la foi (Cfr Ep. 6, 14,16). Appuyez vous sur votre foi pour faire face aux souffrances qui vous sont imposées.  Vous avez besoin de beaucoup d’énergies spirituelles pour résister au désarroi. Que votre foi soit plus que jamais vive. Qu’elle vous soutienne dans la détresse. Tournez vous vers Dieu à chaque instant dans la prière. Car le Dieu de Jésus Christ est proche des cœurs brisés comme dit si bien le psalmiste (Cfr Ps 34, 18-21). Placez en lui votre espérance (Cfr Os 12, 7).

Je prie sans cesse pour vous, Frères et sœurs, afin que chacun de vous retrouve sans tarder son village et son toit. Conscient que la prière seule ne suffit pas, j’ai lancé, voici déjà quelques mois, un cri de détresse pour alerter l’opinion sur votre drame et pour vous obtenir de l’aide humanitaire[17]. Je remercie de tout cœur le réseau caritas, le Ministère national des affaires sociales, le Gouvernement du Katanga, les Agences humanitaires de l’ONU et d’autres ONG, qui ont donné leur contribution pour soulager quelques-uns parmi vous. Mais cette aide s’est avérée insuffisante tant les besoins immenses, les nécessiteux nombreux et éparpillés dans de milieux parfois difficilement accessibles.  La véritable aide que j’implore pour vous, c’est la fin des hostilités et le retour définitif de la paix. Les récents affrontements entre l’armée régulière et les miliciens de Gédéon démontrent que la violence s’intensifie. De plus, au regard du nombre toujours croissant de déplacés, on est porté à croire que le périmètre d’insécurité ne fait que grandir. Ayez le regard fixé sur le Christ ressuscité et tenez bon dans la foi.  Jésus n’a-t-il pas dit : « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai » ( Mt 11, 28). ? J’en ai la certitude : Lui qui a connu la souffrance avant sa mort et sa résurrection, Il ne vous abandonnera jamais. Que sa résurrection d’entre les morts vous apporte la paix véritable.

Exhortation finale

Frères et sœurs,

26. Notre foi en Jésus Christ est un acte fondamental dans notre existence. Au seuil de l’Année de la foi promulguée par notre Pape Benoît XVI, il me semble qu’il nous faut courageusement nous mirer dans nos manières de pratiquer cette foi dans le contexte qui est le nôtre. Nous sommes invités à évaluer la qualité de notre foi par rapport à ses exigences et à nos manières de croire. Tournons-nous vers le Dieu de Jésus Christ pour qu’Il augmente et purifie notre foi, afin qu’elle transforme notre vie, qu’elle rayonne au sein de notre Eglise et dans notre société, qu’elle nous serve d’arme dans toutes les batailles de la vie. Que Marie, la Mère de notre sauveur, intercède pour nous et  nous obtienne la grâce de rester debout en tenant en main le bouclier de la foi.


Donné à Kasenga, le 08 avril 2012

† Fulgence MUTEBA MUGALU
Evêque de Kilwa-Kasenga 


[1] Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 142.
[2]  Cfr BENOIT XVI, Porta fidei, n. 9
[3] Cfr BENOIT XVI, Africae munus, n. 32.
[4]  BENOIT XVI, Porta fidei, n. 13.
[5]  Monseigneur KABANGA, Vers l’Avenir. Lettre pastorale à l’occasion de la clôture de l’Année du Centenaire de l’Evangélisation du Zaïre 1880-1980, Lubumbashi, Archevêché de Lubumbashi, 1980, n. 10.
[6]  Féticheur à distinguer d’un guérisseur traditionnel. Celui-ci utilise les plantes pour guérir différentes maladies, sans recourir au préalable, comme le féticheur, aux pratiques divinatoires ou autres cérémonies païennes. 
[7] Cfr Gaudium et Spes, n. 43, § 1.
[8] Cfr BENOIT XVI, Africae munus, n. 36
[9]  BENOIT XVI, Porta fidei, n. 10.
[10]  BENOIT XVI, Porta fidei, n. 7.
[11]  Ga 5, 6, note k.
[12]  BENOIT XVII, Africae munus, n. 32.
[13] CHEVALIER, Jean et GHEERBRANT, Alain, Dictionnaire des symboles. Mythes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres, Paris, Editions Robert Laffont S.A. et Editions Jupiter, 1982,  p. 142.
[14]  Ibid., 143.
[15] Ibid, p. 142.
[16] Lire aussi Dt 33, 29 ; 2 S 22, 3 ;
[17]  Gédéon a repris du service et provoque un drame humanitaire

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