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Sympathie pour Jérôme



Au cœur des jours et des nuits

Sympathie pour Jérôme


J’ai de la sympathie pour tout prénommé Jérôme. En souvenir d’un ami d’enfance. Jérôme m’a beaucoup appris dans la chasse aux sauterelles et aux oiseaux. Il n’avait aucune crainte de poser ses pieds nus dans les marécages ni de traverser la rivière sur juste un stick... Je mettais mes pas dans ses pas, et j’ai acquis, au fil du temps, la même habileté qui aura fait de moi un vrai garçon.
Un jour, avant notre adolescence, Jérôme a quitté notre village. Il est allé loin, nous a-t-on dit, dans une ville où l’avait appelé un oncle. On dit encore aujourd’hui que Jérôme est vivant, qu’il pense bien à ses amis d’enfance. Mais personne n’a jamais reçu une lettre de lui. Ni aucun autre signe de vie, dans cette ère des réseaux et des téléphones portables. Un jour, il reviendra, certainement, et je ne manquerai pas de l’apprendre, où que je sois. En attendant, je garde bien le souvenir de mon ami Jérôme, et tout prénommé Jérôme me rappelle notre amitié.

Ma sympathie pour Jérôme est allée tout droit vers le prénommé Jérôme que j’ai rencontré récemment par pur hasard. Il s’est invité à la fête d’une religieuse qui a fini ses études supérieures et fêtait son diplôme. Jérôme était en personne présent à la cérémonie de remise des diplômes. Le cadeau qu’il a remis à la lauréate était remarquable : un paquet de mouchoirs en papier. Personne d’autre n’y avait pensé. Pourtant, c’était bien important, bien utile dans la chaleur du jour et de l’événement.
Et le prénommé Jérôme a pris place à bord de la jeep qui a conduit les invités vers la communauté de la lauréate du jour. Personne ne le connaissait vraiment, ce Jérôme, et chacun pensait bien que quelqu’un le connaissait. Personne ne demanda rien à personne. Et personne ne savait encore qu’il se prénommait Jérôme. Comment et à quel moment précis de la journée l’a-t-on su ? C’est pendant le cocktail offert aux invités dans le salon de la communauté religieuse.
La religieuse du jour se dirigeait vers sa chambre pour se changer. Elle était à la porte entrouverte lorsqu’elle eut la surprise : un monsieur, torse nu, était étendu sur le lit. Vous imaginez bien la panique. La religieuse a lancé un cri de détresse. Des invités accourus ont copieusement frappé l’importun monsieur. C’est un voleur, ont jugé certains. Un voleur ne peut se coucher dans votre lit pour vous attendre. Il est donc sorcier, ont tranché d’autres.
La suite de l’histoire ? La police s’en est chargée. Lorsqu’on demanda au bon monsieur son identité, il dit s’appeler Jérôme. Des gifles et des coups de pied le servirent. L’invité-surprise de la fête du diplôme déclara alors, sans broncher, que c’est Jésus en personne que l’on était en train de maltraiter.
Et trois jours plus tard, par des voies judiciaires où la police l’avait amené, Jérôme était reçu dans un centre de santé mentale tenu par des religieuses. Et Jérôme, ces autres religieuses l’ont reconnu. Il avait une fiche dans le centre de santé mentale. Il était bel et bien connu. Son dossier, les religieuses le détenaient depuis bien longtemps. Mais bien longtemps aussi, Jérôme ne s’était plus présenté, ne laissant aucun signe de vie.
Les religieuses du centre de santé mentale ont dit à la police que beaucoup d’autres de leurs patients sont maltraités comme des sorciers dans les rues de Kinshasa. Par ignorance de la maladie mentale, ajoutaient-elles. Puisque ce sont des malades, ils méritent de la compassion et des soins appropriés plutôt que la violence et la maltraitance, conseillaient-elles. Les religieuses connaissent bien des cas aussi où ce sont des parents qui ont fait lyncher leurs enfants malades au lieu de les protéger.
L’histoire de Jérôme qui se disait Jésus en personne s’arrêtera en cours de chemin. Les religieuses m’ont raconté plus tard qu’un jour, Jérôme a de nouveau disparu. Mais que cette fois-ci, plus personne ne l’a jamais retrouvé ni ramené au centre de santé mentale.
Au calendrier liturgique, le saint patron de Jérôme est fêté le 30 septembre. Né au quatrième siècle, il était moine et prêtre. C’est lui qui a traduit la Bible en latin. Saint Jérôme nous aura laissé une phrase célèbre et pertinente. Il a dit : « Ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ. » Saint Jérôme n’a jamais prétendu qu’il était le Christ en personne. Mais les Jérôme, je les aime tous.

Jean-Baptiste MALENGE Kalunzu
jbmalenge@gmail.com

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