L’Eglise catholique et le processus vers un dialogue national inclusif en RDC


 



Le rôle de l’Eglise catholique dans le processus de la sortie de crise vers la réconciliation nationale en République démocratique du Congo s’est confirmé le 17 juillet lorsque l’archevêque de Kinshasa, le cardinal Fridolin Ambongo, a annoncé au pays que le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, a enfin levé l’option pour un dialogue inclusif entre Congolais. Cette annonce faite au sortir d’une rencontre entre le Président de la République et des chefs des confessions religieuses est une étape décisive dans un processus mené surtout depuis qu’un conflit armé s’est exacerbé dans trois provinces de l’est du pays : l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.

Le pays attend encore une ordonnance officielle du président de la République ou, tout au moins, un communiqué de la présidence pour confirmer l’annonce des chefs des confessions religieuses. Le pays attend de sortir de la crise vécue au moins depuis l’année 2023, depuis la proclamation des résultats des élections présidentielles contestées. La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) avait aussitôt souhaité voir les Congolais se réconcilier pour un vivre ensemble pacifique. Une partie de l’est du pays était déjà occupée alors par le mouvement rebelle du M 23 soutenu par l’armée rwandaise depuis la deuxième prise, le 13 juin 2022, de la localité de Bunagana, dans la province du Nord-Kivu.

Les responsables de l’Eglise catholique et de l’Eglise du Christ au Congo, la confédération des Eglises protestantes, s’étaient ensuite coalisés et ils ont présenté au président Félix-Antoine Tshisekedi, le 21 juin 2025, les résultats de consultations menées ensemble en vue d’un « pacte social pour la paix ». Les deux Eglises ont même publié, en août 2025, une feuille de route en vue d’une Conférence internationale pour la paix en RDC.

Entretemps, la guerre s’est étendue. Le mouvement rebelle M 23 a conquis les villes de Goma et de Bukavu, chefs-lieux des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Et les forces rebelles menacent de prendre les provinces voisines du Tanganyika ou du Maniema et d’autres. Ni les opérations militaires des Forces armées nationales ni les processus diplomatiques ne semblent ramener la paix.

L’assemblée plénière de la Conférence épiscopale nationale du Congo l’a rappelé dans un Message de juin 2026. L’épiscopat catholique a opposé un refus catégorique au changement de la constitution initié par le pouvoir en place dans le but à peine voilé de s’accorder un troisième mandat non prévu par la constitution actuelle. Les évêques s’opposent à la révision de la constitution, appellent le peuple à la vigilance et réaffirment plutôt le besoin d’un dialogue comme réponse citoyenne pour une paix durable.

Le discours de l’Eglise catholique dans la coalition avec la communauté des Eglises protestantes insiste sur le vivre ensemble, le dialogue, un pacte social pour la paix. Le discours des Eglises est spirituel et moral. Et le rôle des Eglises se veut de médiation et de pacification entre des camps politiques voire armés aux intérêts divergents.

L’opposition politique et même la rébellion armée ont été consultées par les Eglises catholique et protestantes. Et les Eglises sont entendues. Le 18 juillet dernier, à l’archevêché de Kinshasa, la coalition d’opposition C64 (ou Article 64 de la constitution) a accepté de reporter une marche prévue le 22 juillet pour demander la démission du chef de l’Etat.

Un climat de paix a été ainsi provisoirement gagné grâce aux Eglises catholique et protestantes en attendant la suite du processus. L’association des « Eglises de réveil », regroupant la plupart des Eglises évangéliques et autres dénominations, a plutôt soutenu les orientations du camp politique au pouvoir. Il revient maintenant au président de la République de donner le ton adéquat.

Pour mémoire : L’Eglise catholique avait déjà exprimé de façon opératoire sa compréhension de l’inclusivité. Sous le président de la République Joseph Kabila, en fin de mandat, en 2016, la CENCO s’était retirée d’un « dialogue national » boycotté par l’opposition alors représentée surtout par le parti politique de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) dirigé par Etienne Tshisekedi, père de l’actuel président Félix-Antoine Tshisekedi. Un nouveau dialogue s’était ouvert alors dans l’inclusivité et il avait permis un temps de transition jusqu’aux élections remportées pour un premier mandat par Félix-Antoine Tshisekedi.

En fin juillet 2026, les Eglises catholique et protestantes se disposent donc bien opportunément dans une recherche de consensus avec le pouvoir en place et les oppositions politiques voire armées pour un nouveau calendrier en vue d’un vivre ensemble pacifique. Ni les opérations militaires ni les processus diplomatiques ne semblent promettre autant. JBMK/RV




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